Flashback

RIP Patrick Mathé, fondateur de New Rose

21.11.2018

Patrick Mathé, fon­da­teur du label New Rose est décé­dé ce dimanche 18 novembre. Figure majeure du rock en France avec son label dans les années 80, il avait noué au fil des années une rela­tion intime avec les Trans.

Avec son esthé­tique post‐punk qui fai­sait aus­si la part belle à quelques héros oubliés du rock’n’roll, du garage et du punk (d’Alex Chilton à Johnny Thunders en pas­sant par Gun Club et Charlie Feathers), New Rose était en phase avec la pro­gram­ma­tion du fes­ti­val. De nom­breux artistes du label sont ain­si pas­sés par Rennes et ont contri­bué à écrire l’histoire des Trans Musicales.

Jean‐Louis Brossard, co‐directeur géné­ral et pro­gram­ma­teur aux Trans Musicales, se sou­vient de sa ren­contre avec Patrick Mathé : “J’avais orga­ni­sé à Rennes un concert des Saints, je crois que c’était sa pre­mière signa­ture New Rose, un maxi (il s’agit de l’EP Paralytic Tonight, Dublin Tomorrow , sor­ti en 1980 – NdA). Chris Bailey avait remon­té les Saints et Patrick leur avait orga­ni­sé une tour­née et on avait fait une date à Rennes et une autre, assez épique, à Quimper. D’ailleurs Patrick jouait très bien de l’harmonica et jouait avec le groupe sur des mor­ceaux.

Avant d’être un label, New Rose était pour beau­coup la bou­tique rock par excel­lence. Avec son nom ins­pi­ré du mor­ceau le plus fameux des Damned, c’était une Mecque pour les freaks en quête du der­nier import amé­ri­cain ou anglais, nichée à proxi­mi­té du bou­le­vard Saint‐Michel à Paris. “C’est une bou­tique où j’allais, dans le quar­tier latin. A l’époque j’allais sou­vent en Angleterre, et c’était une des seules bou­tiques qui res­sem­blait un peu à ce que je voyais là‐bas. Il y avait plein de choses, tu ren­trais dedans c’était une caverne d’Ali Baba”.

Bo Diddley aux Trans en 1989 Photo : Philippe Remond

A défaut d’être un des centres névral­giques de la scène rock pari­sienne des années 80 avec l’Open Market de Marc Zermati, New Rose était aus­si et sur­tout un label sur­ac­tif dont les artistes ont sou­vent été à l’affiche de l’Ubu : “Ce qui était bien avec Patrick, c’est qu’il sor­tait beau­coup de disques, il m’envoyait plein de choses, et il fai­sait en sorte de faire tour­ner beau­coup d’artistes. A l’Ubu, comme c’était une nou­velle salle qui avait été ouverte en 1987, on avait tous les groupes New Rose. Il fai­sait même des live puisqu’on avait un stu­dio d’enregistrement dans la salle à l’époque. Et donc on a pro­duit pas mal de live pour New Rose, je me sou­viens des Slickee Boys, on avait fait Moe Tucker avec Sterling Morrison du Velvet Underground (en février 1992, pour l’album Oh No, They’re Recording The Show – NdA). Je me sou­viens des Lyres, Johnny Thunders, des Pirates – sans Johnny Kidd qui était déjà mort mais avec Mick Green (pour l’album Sailing Through France, aus­si en 1992 – NdA)”.

De la même façon, Patrick Mathé a sou­vent tra­vaillé en col­la­bo­ra­tion avec les Trans Musicales : “On a fait plein de trucs aux Trans ensemble, je me sou­viens de Dino Lee, un chan­teur un peu à la James Brown mais qui res­sem­blait plus à un mec des Cramps, Joe King Carrasco, le fameux concert avec Alan Vega, Ben Vaughan et Alex Chilton (en 1996, sous le nom de Cubist Blues – NdA). On avait fait Bo Diddley aus­si, parce qu’il avait sor­ti un album (Ain’t It Good To Be Free en 1984 – NdA) et c’est comme ça qu’on avait pu le faire venir. Mojo Nixon et Skid Roper, les Dick Nixons, qui étaient un groupe de pom­piers de Donaldsonville, à côté de la Nouvelle‐Orléans. On avait fait Pianosaurus, qui était un groupe qui jouait avec des jouets d’enfantC’était beau­coup de groupes amé­ri­cains, plus que des anglais. On a vrai­ment fait beau­coup de concerts ensemble. J’avais fait la pre­mière date en Europe, pour les Trans, de Calvin Russel, à l’Ubu, que j’avais rame­né ivre mort à l’hôtel à 7h du matin…

Roky Erickson aux Trans 2010 Photo : Nicolas Joubard

Si la fin de l’activité du label New Rose et le fer­me­ture de la bou­tique du même nom ont ralen­ti l’activité de Mathé, il avait tou­te­fois per­sis­té dans le milieu de la musique avec un autre label nom­mé Last Call avec lequel il réédi­tait des disques du cata­logue New Rose. Il se mon­trait tou­jours capable de cer­tains coups, comme cette col­la­bo­ra­tion entre le musi­cien Jean‐Philippe Rykiel et le moine tibé­tain Lama Gyourme (Souhaits Pour L’Eveil, sor­ti en 1994) qui s’était ven­due à plu­sieurs cen­taines de mil­liers d’exemplaires (le duo était pas­sé aux Trans cette année‐là). Toujours fidèle à ses héros, il était venu der­niè­re­ment voir Roky Erickson aux Trans Musicales en 2010. “C’était la seule date de Roky en France, un artiste qu’il avait signé. Il était venu et Roky l’avait zap­pé d’un revers de main. Patrick avait sor­ti un disque de Roky Erickson enre­gis­tré dans le salon de Roky (The Holiday Inn Tapes, sor­ti en 1986 – NdA) à Austin. Il était venu avec un magné­to­phone et avait enre­gis­tré Roky jouant des mor­ceaux à la gui­tare acous­tique, je ne sais pas s’il lui avait vrai­ment deman­dé…”

Personnage mar­quant de l’histoire du rock en France, Patrick Mathé laisse der­rière lui l’image d’un for­mi­dable pas­seur. L’aventure New Rose reste un aujourd’hui un modèle pour tous les labels indé­pen­dants de France, comme en témoi­gnait un entre­tien récent entre Jean‐Baptiste Guillot de Born Bad pour Gonzai. Son his­toire reste à jamais liée à celle des Trans Musicales.